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18/12/2010

There and back (again)

Back online, enfin. Si quelqu’un se demande ce qu’il s’est passé, eh bien, facile, il y a eu un glitch dans le système de coupure du réseau, des surtensions, des serveurs littéralement grillés, bref un bordel monstrueux, il a fallu remplacer une partie des routeurs et des points d’accès, réinitialiser les autres, et, horreur dans nos temps automatisés, reconfigurer manuellement, un par un, les trois quarts des accès personnels. Bon, je dois reconnaître que personne n’a fait preuve de mauvaise volonté ; il n’a fallu que trois jours pour qu’on puisse de nouveau appeler les numéros d’urgence, et dans l’intervalle, ils ont mis des flics avec des radios dans chaque rue, 24h/24, qu’on pouvait prévenir en cas de besoin. Evidemment, ça ne nous changeait pas vraiment de la présence policière habituelle, mais c’est bizarre, pour une fois on était content qu’ils soient là. Certains patrons de café leur ont même apporté des thermos.

Bref, j’ai finalement récupéré ma connexion il y a deux semaines, mais je confesse que je ne me suis pas précipité sur mon ordinateur pour mettre en ligne la suite de ma journée passée dans la zone verte, comme vous avez du le remarquer. J’avais beaucoup de news à rattraper, des vidéos stupides à regarder, et les derniers épisodes de Twin Peaks à regarder (le remake, hein).

Voilà, donc, ce que j’allais vous mettre au moment où j’ai été coupé. Souvenez-vous, j’avais passé les contrôles d’accès à la zone verte, et…

A peine passé de l’autre coté, on commence à croiser des groupes de touristes asiatiques mené par un guide brandissant un parapluie en guise de panache blanc. Ils viennent admirer le Manneken Pis, qui trône à l’angle de la rue de la Violette et de la rue de l’Etuve, c’est à dire à environ deux cent mètres de son emplacement d’origine, malencontreusement situé de l’autre coté du mur. Eh oui, au moment du tracé de la ligne de démarcation le pauvre petit s’est retrouvé en Flandre. Un voyagiste assez malin l’a alors inclus dans un « Real Brussels Tour », qui comprenait aussi l’Atomium, et qui était destiné aux amateurs d’alternatifs et à tout ceux qui était exclu de la zone verte, soit pour des raisons administratives, soit parce que le coût du séjour y est prohibitif. Mais au final, le « Real Brussels Tour » n’a jamais drainé grand monde, et l’opérateur a fait faillite, ainsi que toutes les boutiques de la rue de l’Etuve. Il faut dire que rares étaient les touristes ayant accès à la zone verte qui étaient assez motivés pour prendre le risque d’en sortir et de devoir faire la queue pendant deux heures pour y entrer à nouveau, tout ça pour aller se faire prendre en photo devant un bambin en train d’uriner. Et puis les Chinois sont arrivés, il y a eu un scandale et des pétitions, et le Manneken Pis a de nouveau été mitraillé par des appareils photos à longueur de journée.

En fait, peu après la scission, le port d’Anvers a été privatisé par la Flandre qui avait un besoin urgent de liquidités. C’est une filiale de DB Schenker (repreneur de la NMBS) qui l’a racheté, mais les choses n’ont pas vraiment bien tourné. La Flandre était prête a nationaliser le tout à nouveau, mais l’UE l’a fortement incité à ne pas la faire, à grands coups de menaces économiques, et a « proposé » un repreneur : la Tianjin Port Development Holdings Limited, basée à Hong-Kong. On a su plus tard que le nom de cette société avait été suggéré au Conseil pour les Affaires Economiques et Financières de l’UE par le ministre des finances wallon. La Chine venait alors de signer d’assez gros contrats d’armements avec FN Herstal, une société de la région de Liège.

A un moment des négociations entre la Tianjin Limited, DB Schenker, et les gouvernements chinois et flamands, un conseiller chinois du ministère du tourisme, inspiré par son homologue de la zone européenne, a amené sur le tapis l’improbable sujet du Manneken Pis, que tant de ses concitoyens n’avaient hélas pas le bonheur de pouvoir admirer. La Tianjin a aligné quelques dizaines (centaines ? – le chiffre n’a pas été rendu public) de millions d’euros en plus, et s’est retrouvée propriétaire de la triviale statuette. Elle l’a aussitôt fait installer deux croisements plus loin, y a joint une discrète plaque la désignant comme l’heureuse bienfaitrice du héros bruxellois. Le démontage a eu lieu vers deux heures du matin, dans le plus grand secret, pour éviter les problèmes.

Cette complexe manœuvre économique aux ramifications internationales a été résumée comme suit par les médias francophones à Bruxelles et en Wallonie : « Les Flamands vendent le Manneken Pis aux Chinois ». D’où l’outrage et les pétitions. Quelques mois plus tard, un journaliste a sorti un bouquin révélant les dessous de l’affaire, la responsabilité de l’UE et l’implication de la Wallonie, mais les Bruxellois n’en ont pas démordu : le gouvernement flamand voulait détruire l’âme de leur belle cité. Un reproche parfois justifié (je parlerai bientôt du cas de la place Flagey), mais pas dans ce cas-là, à mon humble avis.

Oui, la visite s’arrêtait là, et je dois avouer que je n’ai pas l’intention de continuer pour l’instant. Pour ceux d’entre vous qui l’ignoreraient encore, c’est un peu la panique à Bruxelles en ce moment, et c’est de ça que je vous entretiendrai dans mon prochain post…

23:04 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

04/11/2010

OK, you can go.

Et donc, comme la météo prétendait que la journée serait magnifique, je me suis levé à six heures trente du mat pour être à la Bourse le plus tôt possible. Tout en avalant mon petit-déjeuner, j’ai réfléchi au meilleur moment pour prendre un numéro dans la file. Parce que comme vous pouvez vous en douter, il ne suffit pas d’arriver au checkpoint et de se mettre à la queue derrière trois cent personnes pour entrer dans la zone verte. Non, il faut prendre un numéro d’attente, cela en enregistrant son identifiant européen sur le site de la zone européenne, en choisissant sa catégorie. Ensuite, il faut attendre que ledit numéro s’affiche sur un écran avant de pouvoir passer le contrôle.

On peut s’enregistrer dans la zone d’attente en utilisant un des terminaux, mais on peut aussi le faire avant en ligne, à n’importe quel moment, en précisant le point de passage souhaité. Bien pratique pour éviter d’attendre, si vous calculez bien votre coup. Pour vous y aider, le site indique le nombre de personnes de votre catégorie se trouvant avant vous. A vous de déduire combien de temps ça va leur prendre de passer. Précision utile : si vous ratez votre tour, vous devez attendre une heure avant de pouvoir vous enregistrer à nouveau. Autant dire que la plupart des gens préfèrent ne pas trop prendre de risques et s’enregistrent depuis leur portable un quart d’heure ou dix minutes avant d’arriver au checkpoint.

De chez moi, je ne suis qu’à une vingtaine de minutes de la Bourse, en marchant à un bon rythme. Et en moyenne, il ne faut pas plus de trente secondes pour passer la sécurité. Comme il y a six portiques « ressortissants Schengen » à la Bourse, cela fait douze personnes par minute. Pour avoir une marge, j’en compte en général quinze dans mes calculs. L’autre jour, à sept heures moins le quart, il y avait quelque chose comme cent cinquante personnes en attente d’après le site. Je me suis donc enregistré avec mon portable à mi-chemin.

J’ai descendu l’avenue de la Porte de Hal, et bifurqué sur Lemmonier, qui devient ensuite le boulevard Anspach. Vers Anneessens, on aperçoit déjà le mur, qui jaillit de la rue des Teinturiers et longe le coté droit du boulevard, recouvrant ce qui était autrefois le trottoir. Et puis je suis arrivé au point de passage, qui se trouve rue des Pierres, une perpendiculaire à Anspach, juste avant le bâtiment de la Bourse. L’accès à cette rue n’est pas barré par le mur, il y a simplement des blocs de bétons pour empêcher les véhicules de passer, et quelques soldats de la brigade franco-allemande en tenue de combat, avec un brassard bleu et jaune de la police militaire autour du bras droit. La rue est couverte, il y a des bancs, des écrans, des terminaux, des toilettes. Au bout, il y a les portiques. La rue des Pierres constitue en fait la zone d’attente.

Malgré mes savants calculs, j’en ai quand même eu pour une dizaine de minutes d’attente, parce que seulement quatre portiques « Schengen » étaient en fonction, qu’un type a fait sonner une alarme, ce qui a bloqué un autre portique pendant quelques minutes, et que dans l’ensemble les gens mettaient plus de trente secondes à passer. Et puis finalement, quand j’ai vu mon numéro s’afficher en rouge sur un écran, tout en bas de la liste, et je me suis avancé vers les portiques, comme le demandent les écrans : WHEN YOU SEE YOUR NUMBER, PLEASE MOVE TOWARDS THE CHECKPOINTS. Nota bene, affichée nulle part mais vécue : vous avez moins de trente secondes pour vous présenter, please, au portique quand votre numéro devient vert, sinon ils passent à la personne suivante, et les MPs se feront une joie de vous jeter hors de la zone d’attente si vous ne le prenez pas avec le sourire. J’ai même lu sur un blog qu’une famille entière avait écopée d’une interdiction temporaire de visite de la zone européenne pour avoir protesté trop vigoureusement – le père a reçu une décharge de Taser. Le bébé avait vomi au moment où leur numéro était passé au vert.

Il y a eu un petit ralentissement aux portiques juste avant mon passage, parce qu’un type, genre Tchèque, essayait d’utiliser son permis de conduire comme pièce d’identité. Sur le site de la zone verte, il est effectivement mentionné qu’on peut présenter son permis de conduire, ou sa carte d’identité nationale, ou son passeport national, ou sa carte d’identité européenne. Il n’est pas mentionné, bien sur, que tous ces documents doivent être électroniques et biométriques. Or pas mal de gens en Europe ont encore leur permis sous la forme cartonnée rose sous laquelle il leur a été délivré à la fin du 20ème ou dans les années 2000.

Bref, mon tour a fini par venir, j’ai posé mon portable et mes autres objets métalliques sur un tapis roulant, je suis passé sous le portique, une image de moi à poil dans des couleurs psychédéliques est apparue sur un écran quelque part dans une salle de contrôle, et puis l’écran du MP devant moi a fait un « bip » joyeux. Oui, caméra, oui, système de reconnaissance faciale, oui, puce RFID dans ma carte d’identité, je suis bien qui je prétends être. Sympa que votre petit convent soit arrivé à la même conclusion. « OK, you can go », m’a dit le MP avec un accent français.

23:19 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

30/10/2010

Ich bin ein Berliner

Coté pile, c’est le Mur. La zone verte est ceinturée par un mur, comme Berlin-Ouest, comme Israël, comme le sud des Etats-Unis. Béton armé, un mètre et demie d’épaisseur, quatre de haut, surmonté d’un grillage électrifié, renforcé par une barrière électromagnétique activable en cas de besoin. Dans le mur, quelques points de passage, à la Bourse, à De Brouckère , à Mérode, à Trône… Trois files : « fonctionnaires européens », « ressortissants de l’espace Schengen », « étrangers ». Et puis un deuxième choix : « implantés », pour ceux qui ont une puce biométrique dans le poignet droit, et « non implantés », pour ceux qui se contentent encore de la carte électronique. Des scanners corporels, des robots renifleurs, des policiers militaires de l’Eurocorps. Ils ne laissent pas rentrer n’importe qui. Fonctionnaires européens, OK. Ressortissants Schengen, OK, sauf si vous avez l’air d’un clodo ou si vous êtes sur leur liste noire, c’est à dire si vous avez d’une façon ou d’une autre troublé l’ordre public lors d’une précédente visite. Etrangers, OK, à la condition expresse que vous ayez un visa décerné directement par les Affaires étrangères de l’UE et non simplement par l’un de ses états membres. Facile à obtenir si vous êtes Américain, Canadien, Australien, Japonais, Chinois, Indien, Brésilien, ou de n’importe quelle autre nationalité à PIB moyen par habitant acceptable. Difficile, voire impossible pour le reste du monde, à moins que vous ne soyez riche à titre personnel.

Le point d’arrivée le plus fréquenté reste la gare Schuman, devenue la gare internationale depuis que les abords de la gare du Midi sont considérés comme un secteur dangereux. Les Thalys, TGV, ICE, et autres Eurostar vomissent des flots de touristes, de businessmen, de fonctionnaires, qui se répartissent entre les files d’attente aux portiques de sécurité. Il y a aussi l’express de Zaventem, et l’express spécial de Zaventem qui arrive directement du terminal militaire de l’UE. Il est réservé aux officiels importants, mais pas assez pour mériter de faire le trajet en hélico. Ils ne sont pas contrôlés dans la gare. Quand on sait que certains jours, le commun des mortels doit attendre plus de deux heures, ça laisse rêveur. (Temps d’attente qui explique l’un des surnoms de la zone verte : Disneyland Europe.)

Les trains locaux venus des pays frontaliers, eux, arrivent gare centrale. En descendent surtout des Flamands et des Wallons en quête du souvenir belge, et des « vrais Bruxellois » montés à Midi ou Nord, qui pensent passer plus vite les contrôles qu’aux accès extérieurs. C’est parfois un bon plan, et de toute façon si les files s’avèrent trop longues, il y a moyen de prendre la tangente. En fait, la gare centrale a écopé d’un statut un peu spécial au moment des accords entre la Flandre et l’UE. Elle est cogérée par Schenker/De Lijn (la joint venture de transport privée qui a racheté la partie flamande de l’ancienne SNCB, et qui essaie maintenant de mettre la main sur le MIVB bruxelloise) et par la Transportation Authority de l’UE. La TA s’occupe des infrastructures destinées à la clientèle, et du commercial en général. Les quais, les voies, et tout ce qui concerne l’aspect ferroviaire (en gros, tout ce qui se trouve à l’extérieur des checkpoints) sont gérés par Schenker/De Lijn.

Au moment de la scission de la Belgique et du charcutage de Bruxelles entre la Flandre et l’UE, les Flamands, qui faisaient des gros yeux en comprenant ce à quoi ils avaient dit oui sans trop y réfléchir, ont demandé à pouvoir garder la gare centrale. L’idée était que les voyageurs se rendant dans le centre du Bruxelles flamand puissent descendre à centrale sans devoir passer inutilement les contrôles de sécurité. L’UE a donc accepté de laisser une partie de la gare sous juridiction flamande, et un tunnel a été construit, reliant, via une voie de tram, les quais à la rue du Marais, en Flandre. Il y a aussi un chemin piétonnier dans le tunnel, mais vu la distance et l’ambiance glauque, les gens préfère prendre la ligne 66.

Au final, comme tout ça n’est pas très pratique, rares sont les voyageurs qui descendent à centrale pour aller dans le Bruxelles flamand. Les jours où le passage aux contrôles de l’UE est fluide, le tram 66 est désert. Apparemment, Schenker/De Lijn perd de l’argent avec la gare centrale, et revendrait bien ses infrastructures à la TA, mais comme les services publics de l’UE ne peuvent légalement fonctionner que dans la zone verte, il faudrait un nouveau traité international pour changer les choses. Autant dire qu’on devrait pouvoir encore longtemps changer d’avis quand on a cru malin de passer par le checkpoint de centrale et qu’on reçoit un sms du genre «  mais t’es fou, y’a personne à l’accès De Brouckère ».

Quant à la raison même du mur ? La sécurité, bien sur. C’est vrai que les infos et le web sont pleins des menaces des Pasdarans et des Peshmergas, qui sont à peu près aussi furieux l’un que l’autre avec le nouveau régime iranien soutenu par l’UE, et puis de celles des Talibans, qui semblent ne pas avoir bien saisi que c’est l’Inde, et non l’Europe, qui a balancé un missile nucléaire sur le Waziristan, et puis de celles des néo-nazis et des crypto-communistes, et même de l’ALB qui trouve intolérable le soutien affiché de la Commission aux discriminations dont sont victimes les francophones de Flandre.

Admettons. On n’a pas vraiment le choix de toute façon.

12:25 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)