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26/10/2010

Zone Verte

Il faisait vraiment beau hier, genre été indien, alors je me suis dit que j’allais passer la journée dans la zone européenne. On l’appelle aussi « zone verte » parce qu’elle fait une grosse tache de cette couleur en plein milieu de Bruxelles sur les plans de la MIVB. Il ne faut pas croire que la zone européenne se limite au quartier Schuman. En fait, au moment de la scission, l’UE a fait un deal avec les Flamands : ils pourraient avoir Bruxelles s’ils en cédaient une partie à l’Union. Ils ont accepté, un peu trop vite peut-être, et c’est comme ça qu’une bonne partie de ce qui était la commune de Bruxelles-Ville est devenue la zone européenne.

Grosso modo, elle s’étend, d’ouest en est, du boulevard Anspach à la place Mérode. Au sud, sa frontière suit un tracé qui remonte par la rue du Lombard jusqu’à la rue Haute, puis continue plus ou moins tout droit jusqu’au boulevard du Régent. De là elle descend la rue du Trône, se poursuit sur la chaussée de Wavre, et remonte jusqu’à la clinique du parc Léopold avant de longer le parc du Cinquantenaire jusqu’à Mérode. Au nord, c’est n’est pas plus simple : depuis Anspach, la frontière suit la rue du Fossé au Loups, remonte la rue des Comédiens, ceinture l’ancienne Banque nationale et la cathédrale Saint Michel et Gudule, croise la rue Royale, continue chaussée de Louvain, descend avenue du Régent, et se poursuit rue Joseph II, rue Stévin et avenue de la Renaissance le long du parc du Cinquantenaire…

En termes plus clairs, cela signifie que la plupart des musées et monuments bruxellois se trouvent dans la zone européenne, et dépendent à présent à l’Union. Liste non exhaustive : Bozar, Musée des instruments de musique, Musées royaux d’art et d’histoire, Musée royal de l’armée, la Bourse, l’Albertine (la bibliothèque nationale de Belgique), les galerie Saint-Hubert, le palais royal, la cathédrale, le théâtre de la Monnaie, et bien entendu la Grand Place, le parc du Cinquantenaire, le parc de Bruxelles, le parc Léopold, l’ancien Parlement, le 16 rue de la Loi, autrefois résidence du Premier ministre… En plus des bâtiments, l’UE a également hérité de l’intégralité des œuvres d’art et des pièces de musée qu’ils contenaient.

La Belgique survit dans la zone verte. En fait, l’Union n’a pas les moyens d’agrandir les collections, de moderniser les monuments. Les bâtiments sont entretenus, dotés de personnel en nombre suffisant, ouverts au public, mais rien de plus. Tout est resté en l’état depuis la scission. Sur leur façade, en lettres d’or, les musées ont gardé leurs anciennes appellations, ils sont toujours royaux et koninklijke. Les arches du Cinquantenaire proclament toujours : dit monument ist in 1905 opgericht ter verheerlijking van belgie’s onafhankelijkheid. Evidemment la fin de la Belgique n’y changeait rien, mais il y a eut pas mal de réécritures d’Histoire, pardon de « rétablissement de la vérité historique » en Wallonie et en Flandre, après la scission. Dans les musées, les panonceaux explicatifs n’ont pas été remplacés par des écrans, ils sont toujours en français et en flamand (promu de ce fait au rang de langue officielle de l’UE). À leur façon, tous ces vestiges d’un temps révolu forment implicitement le musée de la Belgique, qui n’existe ni en Flandre ni en Wallonie.

Et puis, il y a le reste. Les buildings de l’UE, bien sur, les hôtels, les bars, les restaurants, les magasins pour touristes et les magasins pour les fonctionnaires européens. Les maisons et les appartements des fonctionnaires et de ceux qui travaillent dans les boutiques et les cafés. Tous les commerces aussi sont imprégnés d’ancienne Belgique. La plupart des restos proposent toujours des cartes en français/flamand, par habitude, et les magasins de souvenirs fourguent encore pas mal d’objets, genre vêtements, stylos, tasses, etc. aux couleurs noir-jaune-rouge. Les premières années, ils écoulaient simplement leur stock, mais la demande est telle qu’on continue à en fabriquer de nouveaux. Quand on vient de ce qu’on appelle entre nous « le vrai Bruxelles » – Brussel – on se sent plongé dans un monde étrange et merveilleux, dans un paysage en couleur si différent de la grisaille habituelle.

Ici, pas de Groen en Blauw, pas de couvre-feu. Les hélicoptères qui passent à intervalles réguliers n’ont pas ni projecteurs ni haut-parleurs, et ils n’embarquent pas de tireurs d’élite aux jambes nonchalamment pendantes dans le vide : ce sont des transports diplomatiques qui font la navette avec Strasbourg ou l’aéroport de Zaventem. La chaussée est paisible ; entre les larges couloirs pour vélos ne circulent que des bus et des voitures officielles électriques. En Flandre, on plafonne à 30 % du parc automobile en hybride/électrique, alors on n’est pas vraiment habitué au silence sur les routes, et c’est encore pire en Wallonie.

Tout est propre, rénové, agréable à l’œil. Malgré son budget serré, l’Union a fait un effort particulier pour les parcs, qui attirent des hordes de pique-niqueurs dès que le temps se fait clément.

Voilà pour le coté face.

21:45 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

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