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30/10/2010

Ich bin ein Berliner

Coté pile, c’est le Mur. La zone verte est ceinturée par un mur, comme Berlin-Ouest, comme Israël, comme le sud des Etats-Unis. Béton armé, un mètre et demie d’épaisseur, quatre de haut, surmonté d’un grillage électrifié, renforcé par une barrière électromagnétique activable en cas de besoin. Dans le mur, quelques points de passage, à la Bourse, à De Brouckère , à Mérode, à Trône… Trois files : « fonctionnaires européens », « ressortissants de l’espace Schengen », « étrangers ». Et puis un deuxième choix : « implantés », pour ceux qui ont une puce biométrique dans le poignet droit, et « non implantés », pour ceux qui se contentent encore de la carte électronique. Des scanners corporels, des robots renifleurs, des policiers militaires de l’Eurocorps. Ils ne laissent pas rentrer n’importe qui. Fonctionnaires européens, OK. Ressortissants Schengen, OK, sauf si vous avez l’air d’un clodo ou si vous êtes sur leur liste noire, c’est à dire si vous avez d’une façon ou d’une autre troublé l’ordre public lors d’une précédente visite. Etrangers, OK, à la condition expresse que vous ayez un visa décerné directement par les Affaires étrangères de l’UE et non simplement par l’un de ses états membres. Facile à obtenir si vous êtes Américain, Canadien, Australien, Japonais, Chinois, Indien, Brésilien, ou de n’importe quelle autre nationalité à PIB moyen par habitant acceptable. Difficile, voire impossible pour le reste du monde, à moins que vous ne soyez riche à titre personnel.

Le point d’arrivée le plus fréquenté reste la gare Schuman, devenue la gare internationale depuis que les abords de la gare du Midi sont considérés comme un secteur dangereux. Les Thalys, TGV, ICE, et autres Eurostar vomissent des flots de touristes, de businessmen, de fonctionnaires, qui se répartissent entre les files d’attente aux portiques de sécurité. Il y a aussi l’express de Zaventem, et l’express spécial de Zaventem qui arrive directement du terminal militaire de l’UE. Il est réservé aux officiels importants, mais pas assez pour mériter de faire le trajet en hélico. Ils ne sont pas contrôlés dans la gare. Quand on sait que certains jours, le commun des mortels doit attendre plus de deux heures, ça laisse rêveur. (Temps d’attente qui explique l’un des surnoms de la zone verte : Disneyland Europe.)

Les trains locaux venus des pays frontaliers, eux, arrivent gare centrale. En descendent surtout des Flamands et des Wallons en quête du souvenir belge, et des « vrais Bruxellois » montés à Midi ou Nord, qui pensent passer plus vite les contrôles qu’aux accès extérieurs. C’est parfois un bon plan, et de toute façon si les files s’avèrent trop longues, il y a moyen de prendre la tangente. En fait, la gare centrale a écopé d’un statut un peu spécial au moment des accords entre la Flandre et l’UE. Elle est cogérée par Schenker/De Lijn (la joint venture de transport privée qui a racheté la partie flamande de l’ancienne SNCB, et qui essaie maintenant de mettre la main sur le MIVB bruxelloise) et par la Transportation Authority de l’UE. La TA s’occupe des infrastructures destinées à la clientèle, et du commercial en général. Les quais, les voies, et tout ce qui concerne l’aspect ferroviaire (en gros, tout ce qui se trouve à l’extérieur des checkpoints) sont gérés par Schenker/De Lijn.

Au moment de la scission de la Belgique et du charcutage de Bruxelles entre la Flandre et l’UE, les Flamands, qui faisaient des gros yeux en comprenant ce à quoi ils avaient dit oui sans trop y réfléchir, ont demandé à pouvoir garder la gare centrale. L’idée était que les voyageurs se rendant dans le centre du Bruxelles flamand puissent descendre à centrale sans devoir passer inutilement les contrôles de sécurité. L’UE a donc accepté de laisser une partie de la gare sous juridiction flamande, et un tunnel a été construit, reliant, via une voie de tram, les quais à la rue du Marais, en Flandre. Il y a aussi un chemin piétonnier dans le tunnel, mais vu la distance et l’ambiance glauque, les gens préfère prendre la ligne 66.

Au final, comme tout ça n’est pas très pratique, rares sont les voyageurs qui descendent à centrale pour aller dans le Bruxelles flamand. Les jours où le passage aux contrôles de l’UE est fluide, le tram 66 est désert. Apparemment, Schenker/De Lijn perd de l’argent avec la gare centrale, et revendrait bien ses infrastructures à la TA, mais comme les services publics de l’UE ne peuvent légalement fonctionner que dans la zone verte, il faudrait un nouveau traité international pour changer les choses. Autant dire qu’on devrait pouvoir encore longtemps changer d’avis quand on a cru malin de passer par le checkpoint de centrale et qu’on reçoit un sms du genre «  mais t’es fou, y’a personne à l’accès De Brouckère ».

Quant à la raison même du mur ? La sécurité, bien sur. C’est vrai que les infos et le web sont pleins des menaces des Pasdarans et des Peshmergas, qui sont à peu près aussi furieux l’un que l’autre avec le nouveau régime iranien soutenu par l’UE, et puis de celles des Talibans, qui semblent ne pas avoir bien saisi que c’est l’Inde, et non l’Europe, qui a balancé un missile nucléaire sur le Waziristan, et puis de celles des néo-nazis et des crypto-communistes, et même de l’ALB qui trouve intolérable le soutien affiché de la Commission aux discriminations dont sont victimes les francophones de Flandre.

Admettons. On n’a pas vraiment le choix de toute façon.

12:25 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

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